La promo 45

C’est la 1ère promo après la victoire des alliés dans la 2e guerre mondiale contre le nazisme.

En raison du retour des prisonniers qui souhaitaient enfin recevoir les cours de notre chère école, il y avait un afflux de participants rue Descartes. La caserne de Lourcine, boulevard de Port-Royal, entre la rue Pascal et la rue Cochin, fut utilisée pour accueillir davantage d’étudiants.

La promo 45 fut envoyée en Allemagne faire de l’occupation pour laisser la place aux prisonniers rapatriés, elle ne débuta son instruction qu’en octobre 1946, à la fameuse caserne de Lourcine. La promo 45 fut alors jumelée avec la promo dite « 46 spéciale » créée pour accueillir un certain nombre de « résistants » parmi lesquels Valéry Giscard d’Estaing, futur Président de la République.

Mes souvenirs sont lointains, j’ai 90 ans, c’est la raison pour laquelle ma présentation de ma très chère promo sera relativement courte.

Je crois utile d’évoquer quelques-uns de mes camarades de promo, ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas de considération pour les autres camarades, bien au contraire :

* Le major François Morin avec qui j’avais d’excellentes relations, hélas décédé en 2005.

* La Kès : je me souviens de l’élection du « tandem Arlet-Arbon » face au tandem concurrent « Bouygues-Mayer ». Maurice Arlet était dans mon casert dirigé par notre crotale Claude Cardot.

Après le décès de Jacques Arbon, c’est François Boyaux qui a rejoint Maurice Arlet pour organiser les réunions des deux promos, « la 45 et la 46 spéciale ».

* Le Clan des Rois Mages, avec le père André Liégé, aumônier général de la Route. Comme quelques autres camarades, j’étais un ancien scout : j’avais été scout de France à Nevers dans les années 30, puis routier au lycée Saint Louis au début des années 40. Il était donc normal que, rentré à l’X, je devienne membre du fameux « Clan des Rois Mages ». C’est à ce moment que je fis connaissance avec un frère dominicain, le frère André Liégé, qui allait devenir un ami et quelques années plus tard bénir mon mariage avec celle qui allait devenir la femme de ma vie.

* Valéry Giscard d’Estaing, futur Président de la République. Il se trouve que j’étais presque toujours convoqué immédiatement après lui quand nous passions des colles. J’ai donc assisté à la plupart de ses interrogations. Comme on le sait, il avait participé à la libération de Paris (Alexandre Parodi) et s’était engagé dans la 1ère armée française sous les ordres du général de Lattre de Tassigny. Il fut reçu à l’X en 1946 dans la promo 46 spéciale. Il est sorti de l’X dans l’ENA (il y avait deux places, et la 2e n’a pas été demandée). Inspecteur des Finances, il devint secrétaire d’État, puis ministre des Finances (gouvernements Debré puis Pompidou). Il fut élu Président de la République le 27 mai 1974 à l’âge de 48 ans. Sous sa présidence : deux Premiers Ministres (Jacques Chirac et Raymond Barre), la loi Veil du 17 janvier 1975 qui dépénalise l’avortement, la décision de construire Superphénix (1976, c’est le début de la 4e génération avec les neutrons rapides). Il s’affirme comme un des piliers de l’Union Européenne (malgré l’appel de Cochin anti européen de Jacques Chirac). Aux élections présidentielles de 1981, il est battu par François Mitterrand (qui s’est allié à Jacques Chirac). Son engagement en faveur de l’Europe va ensuite s’affirmer : la Constitution européenne préparée par lui est approuvée par les 25 le 29 octobre 2004. Il a détaillé son projet européen dans « Europa, la dernière chance de l’Europe », publié en 2014.

* Albert Jacquard, sorti dans les Manufactures de l’État, parti aux USA (Stanford) pour étudier la génétique des populations, devenu professeur aux universités de Genève, Louvain et Paris VI, ami d’Axel Kahn, s’affirme comme un humaniste, et un généticien des populations.

* Bernard Hirsch, fils d’Étienne Hirsch et père de Martin Hirsch choisit comme moi les « ponts colo » à la sortie de l’X. Il est affecté à Dakar dans le cadre des Travaux Publics d’AOF alors que je suis affecté en Guinée comme Directeur du Port de Conakry. Il rejoint Paul Delouvrier et est chargé du développement de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise (une réussite). Il devient ensuite Directeur de l’École Nationale des Ponts et Chaussées. Il décède en septembre 1988.

* Jacques Deschamps. Dans les années 1935-1936, au lycée de Nevers (qui n’était pas encore appelé « Lycée Jules Renard »), j’étais en sixième puis en cinquième avec quelques jeunes camarades parmi lesquels mon ami Jacques Deschamps, lequel devait quitter Nevers quelques années plus tard. Je ne me doutais pas alors que j’allais le retrouver à l’X dans la promo 45, puis à l’École des Ponts dans la promo 50, puis dans les années 60, au Maroc devenu indépendant en 1956 après le retour de Mohammed V. Il était l’un des membres éminents de l’administration marocaine des Travaux Publics qui avait conservé de nombreux partenaires français. Je venais d’accepter la proposition de François Bloch-Lainé, Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations, de diriger deux filiales (Scet-Coopération et Sedes) qu’il venait de créer pour y faire de la coopération. Je retrouvais donc encore une fois mon ami Jacques Deschamps. Il devait quitter le Maroc quelques années avant moi et devenir à Paris Directeur de la RATP avant de prendre sa retraite à Nogent-sur-Marne. Rentré à Paris, je restais plusieurs années à la tête de la Scet-Coopération avant de regagner mon Ministère d’origine (le Ministère de l’Équipement et des Transports) et de prendre ma retraite. Jacques Deschamps et moi restions des amis fidèles (lui à Nogent-sur-Marne, moi à Paris). Le 22 juin 2015, 80 ans après notre première rencontre, j’ai appris son décès. Son enterrement eut lieu à l’église Saint-Saturnin quelques jours après. A ses obsèques, nous retrouvâmes plusieurs de ses amis français et marocains, parmi lesquels Mustapha Faris (ponts 59, de la promo dite « André Boulloche »).

La promo 45 a ainsi joué un rôle de charnière entre un passé dramatique heureusement terminé par la victoire des Alliés (parmi lesquels la France) et un avenir brillant marqué à la fois par une relance de la croissance économique (plan Marshall) et la décolonisation (autour des années 60). Cette promo a aussi été la promo de quelques brillants camarades, parmi lesquels Valéry Giscard d’Estaing.

Jacques Bourdillon, X 45, Ingénieur Général Honoraire des Ponts et Chaussées

Un commentaire à propos de “La promo 45

  1. Mr Bourdillon, je vous remercie de ces quelques lignes qui nous font chaud au cœur. Je suis un gendre de Jacques Deschamps, celui qui a épousé Isabelle Deschamps une de ses 3 filles. Votre nom est lié à celui de Jacques, qui a toujours parlé de vous , en rappelant l’indéfectible amitié qui vous a toujours accompagné en parallèle de vos brillantes carrières. Nos meilleures pensées vous accompagnent au delà du départ de Jacques, et encore merci pour cet article de la promo 45.

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