Charles de Lastic (2015), major pour servir

Par qui achever ce reportage dans la « classe en 5 », sinon par le jeune major tout juste élu par le jury du concours 2015? Après l’avoir respectueusement laissé se ressourcer pendant l’été, je l’attrape au vol à la mi-septembre, au soir d’une journée bien remplie à la Courtine.

Charles de Lastic a 19 ans. Il se définit par dérision comme, à première vue, « un cliché » : « J’habite Versailles, j’ai une particule, mon père était officier de marine, je suis catho et j’ai déjà deux frères à l’X ! » Mais il ne s’en formalise pas. Car il sait parfaitement le sens qu’il veut donner à sa vie. « J’ai envie de servir. » Concrètement, il n’éprouve aucun attrait pour la finance qui magnétise une bonne partie des esprits de ses contemporains. Il préfère l’industrie, la R&D, conduire des équipes. Son stage mili, il le fait dans la marine, « pour voyager, voir d’autres cultures et exercer déjà quelques responsabilités à bord ». Il n’éprouve pour autant guère d’attirance pour l’expatriation longue. Car il est très attaché à sa nation, la France, et c’est là qu’il voudrait servir.

Charles veut mieux connaître les gens avec lesquels il vit. Ce ressort humain est essentiel pour lui. Il l’a cultivé dans sa famille nombreuse. En prépa à Ginette, il a épousé la pédagogie jésuite, et aidé sans retenue les copains à la peine (tout en séchant les cours de maths où il s’ennuyait…). A l’X, il constate avec regret une uniformisation des profils sociologiques des élèves. Sans être nullement adepte de la discrimination positive, et tout en reconnaissant que le mal vient de bien plus loin, il voudrait contribuer à tirer plus de jeunes issus de familles modestes vers cette formation d’excellence.

Charles est fier et heureux d’avoir intégré l’X, le seul concours qui le motivait vraiment. Ce qui lui plaît dans cette école, c’est son esprit militaire et sportif (le tennis étant sa vraie passion) ; c’est son projet de conduire une promotion restreinte vers l’excellence, sans laisser personne en chemin, contrairement aux grandes institutions étrangères qui ne s’intéressent qu’aux meilleurs ; c’est de fait le côté stimulant de son projet. Il est fier de recevoir à son arrivée une part d’héritage d’une communauté soudée (ce qui ne doit pas signifier fermée) et prestigieuse qui a donné à la nation de grands militaires, de grands industriels, de grands politiques… Il voit cette intégration comme un « cadeau ». Il y puise une énergie nouvelle pour servir son pays.

Charles croit par-dessus tout au sens de l’effort. Il ne se fait pas d’illusion : cette valeur n’a guère la cote chez les jeunes d’aujourd’hui. Ce credo pourrait paraître paradoxal, venant d’un jeune à qui tout a réussi jusqu’à présent sans qu’il ait à s’enchaîner à sa table de travail. Mais Charles croit vraiment au devoir de faire ce qui se fait de mieux et, en ce sens, de tirer les autres vers le meilleur d’eux-mêmes. C’est cette valeur, qu’il doit à son éducation familiale, qu’il cultive par excellence.

Nous ne pouvons que lui souhaiter de bonnes et fructueuses études dans cette école qui l’accueille aujourd’hui avec sa promo.